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ToggleArnaud Desjardins : l'homme qui ramena l'Orient au cœur de l'Occident
Mis à jour le 04/08/2026 par Paul Morel
Arnaud Desjardins (1925–2011) est l'une des figures les plus singulières de la spiritualité française du XXe siècle : cinéaste, voyageur, puis maître reconnu, il a consacré plus de cinquante ans à transmettre des enseignements de sagesse venus d'Asie centrale et d'Inde, dans une langue accessible aux Occidentaux. Son œuvre — une trentaine de livres traduits dans une douzaine de langues et une série documentaire diffusée sur l'ORTF — a introduit des centaines de milliers de lecteurs francophones aux traditions du Vedanta, du Soufisme et du Bouddhisme tibétain.
Qui était Arnaud Desjardins ?
Arnaud Desjardins était un cinéaste-documentariste français né le 17 juin 1925 à Neuilly-sur-Seine, devenu l'un des passeurs les plus influents de la sagesse orientale en Europe. Fils d'une famille protestante cultivée, il suit des études de lettres avant d'entrer à la Radiodiffusion-Télévision Française (RTF) dans les années 1950, où il réalise des reportages d'abord politiques, puis de plus en plus tournés vers les traditions spirituelles vivantes.
Ce qui frappe dans son parcours, c'est la progression rigoureuse : il ne s'est pas converti sur un coup de tête. Pendant près de vingt ans, il a voyagé, filmé, écouté, observé — en Afghanistan auprès des soufis de la confrérie Naqshbandiyya, au Tibet auprès des lamas en exil après l'invasion chinoise de 1959, en Inde auprès de maîtres du Vedanta Advaïta. Chaque voyage était aussi un questionnement intérieur. Il cherchait — comme il l'écrira lui-même — non pas une religion de plus, mais une transformation réelle de l'être.
Il rencontre Swami Prajnanpad en 1965, dans son ashram de Channa (Bengale). Cette rencontre est décisive. Le swami lui enseigne un Vedanta dépouillé de tout ritualisme, ancré dans la psychologie occidentale (il avait lu Freud) et dans l'expérience directe des émotions. Desjardins reviendra à ses côtés chaque année jusqu'à la mort du maître en 1974.
| Période | Événement clé |
|---|---|
| 1925 | Naissance à Neuilly-sur-Seine |
| 1950s | Entrée à la RTF comme réalisateur |
| 1960–1975 | Voyages documentaires en Afghanistan, Tibet, Inde |
| 1965 | Première rencontre avec Swami Prajnanpad |
| 1974 | Mort du maître ; Desjardins approfondit son propre enseignement |
| 1981 | Fondation du domaine de Hauteville (Ardèche) |
| 1990s–2000s | Rencontres avec H.W.L. Poonja (Papaji) ; reconnaissance internationale |
| 2011 | Décès le 16 août à Hauterives (Drôme) |
Comment Arnaud Desjardins est-il devenu un guide spirituel ?
Il est devenu un guide spirituel par l'accumulation patiente d'une expérience directe, non par une révélation soudaine ni par une ordination institutionnelle. Le chemin fut long, honnête, parfois douloureux.
Je me souviens d'une conversation que j'ai eue, il y a une vingtaine d'années, avec un moine bénédictin de Ligugé qui avait rencontré Arnaud Desjardins lors d'un colloque interreligieux à Lyon. « Ce qui m'a frappé », me disait-il, « c'est qu'il ne prétendait pas être arrivé. Il témoignait d'un chemin. » Cette nuance est capitale. Desjardins n'a jamais posé à l'illuminé définitif. Il parlait d'expériences, de traversées, de ce qu'il appelait lui-même ses « résidus émotionnels » non résolus.
Son approche s'est construite en plusieurs strates :
- La rencontre avec le Soufisme (Afghanistan, fin des années 1950) lui révèle que la transformation intérieure exige un maître vivant, pas seulement des textes.
- L'immersion dans le Bouddhisme tibétain (rencontres avec le Dalaï-Lama en exil, avec Kalou Rinpoché et d'autres lamas) lui apporte la rigueur d'une voie structurée et la notion de compassion comme pratique concrète.
- Swami Prajnanpad lui offre enfin la synthèse : un enseignement qui intègre la psychologie des profondeurs à la non-dualité du Vedanta. Le principe central — « see the lie » (voir le mensonge de l'ego) — deviendra la colonne vertébrale de tout ce qu'il transmettra ensuite.
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Quel est le cœur de son enseignement ?
Le cœur de l'enseignement d'Arnaud Desjardins est la transformation intérieure par l'accueil inconditionnel de ce qui est, à travers un travail précis sur les émotions, les peurs et les désirs non conscients. Il ne s'agit pas d'une philosophie abstraite, mais d'une pratique quotidienne et exigeante.
On peut résumer ses axes principaux ainsi :
- L'émotion comme porte, non comme ennemi. Là où de nombreuses traditions spirituelles invitent à transcender les émotions, Desjardins — formé par Prajnanpad — enseigne à les traverser pleinement. « Ressentir complètement » (« feel completely ») est l'une des formules clés héritées de son maître. Il ne s'agit pas de s'y noyer, mais de les accueillir sans résistance jusqu'à leur dissolution naturelle.
- Le « oui » à ce qui est. Fortement influencé par la pensée de Ramana Maharshi (qu'il n'a pas rencontré directement, celui-ci étant mort en 1950, mais dont il a étudié l'enseignement), Desjardins insiste sur l'acceptation radicale du réel présent comme condition de toute liberté. Ce n'est pas une résignation passive : c'est un acte intérieur de grande amplitude.
- La relation maître-disciple. Peut-être le point le plus controversé de son enseignement en Occident, et celui sur lequel il a été le plus explicite. Il défendait la nécessité d'un maître vivant, non comme abdication de soi, mais comme miroir grossissant de nos propres conditionnements. Il consacre à ce sujet plusieurs livres, dont Ashrams (1963) et surtout A la recherche du Soi (4 volumes, parus entre 1979 et 1992 aux éditions La Table Ronde).
- L'intégration dans la vie ordinaire. Contrairement à une image d'Épinal qui associe la sagesse au retrait du monde, Desjardins insistait sur le fait que la transformation ne peut se vérifier que dans les situations concrètes : une dispute avec un proche, une déception professionnelle, la maladie. « Le chemin passe par la vie », répétait-il.
Pour aller plus loin sur ce lien entre vie intérieure et engagement dans le monde, je vous invite à lire notre réflexion sur la fidélité aux petits gestes quotidiens qui explore une thématique proche.
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Pourquoi son œuvre cinématographique reste-t-elle précieuse ?
Son œuvre cinématographique reste précieuse parce qu'elle constitue un témoignage unique, filmé en direct, de traditions spirituelles vivantes à un moment où elles n'étaient pas encore exposées à la mondialisation culturelle.
Entre 1960 et 1975 environ, Arnaud Desjardins réalise pour l'ORTF une série de documentaires qui font date :
- Les Cavaliers de l'herbe sainte (1966) : portrait des derviches soufis d'Afghanistan, filmé avec une proximité rare, dans des régions alors presque inaccessibles aux caméras occidentales.
- Les Hommes de la danse (1967) : consacré aux derviches tourneurs.
- Le Message des Tibétains (1966, diffusé en deux parties) : l'un des premiers documentaires grand public sur le Bouddhisme tibétain en exil, réalisé peu après la fuite du Dalaï-Lama. Ce film a littéralement révélé aux téléspectateurs français l'existence de cette tradition.
- Ashrams (diffusé en 1971) : sur les grandes figures de la spiritualité hindoue contemporaine — Mâ Anandamayi, Swami Ramdas, et d'autres.
Plusieurs de ces documentaires ont été restaurés et sont accessibles, pour certains, via l'INA (Institut National de l'Audiovisuel), qui en détient les droits. Ils restent des documents ethnographiques et spirituels d'une valeur considérable pour les chercheurs et les pratiquants.
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Le domaine de Hauteville : un ashram en Ardèche
Le domaine de Hauteville est le centre spirituel qu'Arnaud Desjardins a fondé en 1981 sur la commune de Saint-Laurent-du-Pape, en Ardèche, et qui reste aujourd'hui actif sous la direction de ses successeurs.
Je me suis rendu une première fois à Hauteville au début des années 2000, à l'occasion d'un séminaire d'une semaine. Ce qui m'avait frappé en arrivant, c'était la simplicité du lieu — des bâtiments fonctionnels, un parc planté d'arbres anciens, une salle de méditation sans ornements inutiles — et surtout le silence. Pas le silence forcé des règles monastiques, mais un silence qui semblait habité, consenti.
Hauteville fonctionne comme un ashram au sens non cliché du terme : un lieu de vie communautaire centré sur la pratique intérieure. Les séjours se déroulent autour de méditations matinales, de séances de travail sur soi en groupe (les « darshans » collectifs qu'Arnaud animait), de repas partagés et d'entretiens individuels.
Le domaine accueille régulièrement des intervenants extérieurs dans l'esprit d'ouverture inter-spirituelle qui a toujours caractérisé l'approche de Desjardins. Des moines tibétains, des soufis, des contemplatifs chrétiens y ont séjourné et enseigné au fil des décennies.
Depuis le décès d'Arnaud Desjardins en 2011, le centre est animé par des enseignants formés à sa lignée, dont Véronique Desjardins (sa femme) a été l'une des gardiennes. Le site officiel du domaine de Hauteville propose le calendrier des retraites et des séminaires pour ceux qui souhaitent poursuivre cette voie.
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Quel est l'héritage d'Arnaud Desjardins aujourd'hui ?
L'héritage d'Arnaud Desjardins est triple : une œuvre écrite toujours vivante, un lieu de pratique actif, et une influence discrète mais profonde sur toute une génération de chercheurs spirituels francophones.
Ses livres continuent d'être lus et médités. La maison d'édition La Table Ronde, qui a publié l'essentiel de son œuvre, maintient plusieurs titres en catalogue. Des groupes de lecture et de pratique inspirés de son enseignement existent dans plusieurs villes françaises, souvent de manière informelle, sans étiquette institutionnelle.
Son influence sur la psychologie transpersonnelle en France est réelle, même si elle est rarement créditée explicitement. Des thérapeutes formés à des approches corps-psyché-esprit — Gestalt, psychosynthèse, approches contemplatives — reconnaissent souvent Desjardins comme l'une de leurs lectures fondatrices.
Il y a dans l'héritage de Desjardins quelque chose qui résonne profondément avec la vision que nous défendons ici : l'idée que la transformation ne se produit pas dans les hauteurs de l'abstraction, mais dans les détails du quotidien, dans la qualité d'attention que l'on apporte à chaque rencontre, à chaque épreuve. C'est exactement ce que notre approche du Bon Samaritain comme figure d'engagement concret cherche à explorer.
Il faut aussi mentionner honnêtement les limites et les zones d'ombre. Comme toute figure d'autorité dans le domaine spirituel, Arnaud Desjardins n'a pas été exempt de critiques : certains anciens disciples ont exprimé des réserves sur la dynamique de dépendance que peut engendrer la relation maître-disciple telle qu'il la pratiquait. Ces témoignages méritent d'être entendus avec sérieux, sans pour autant effacer l'ensemble d'une œuvre dont la sincérité profonde est difficile à contester.
Pour mieux comprendre son inscription dans le contexte de la spiritualité non-duale, on peut consulter l'article Vedanta Advaïta sur Wikipédia, qui offre un arrière-plan doctrinal fiable.
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Questions fréquentes
Q : Quels sont les livres d'Arnaud Desjardins les plus accessibles pour un débutant ?
R : Courage et tendresse (La Table Ronde) est souvent cité comme le meilleur point d'entrée : il présente l'essentiel de sa pensée dans un style direct, sans présupposer de connaissances en philosophie indienne. La Paix toujours présente est également apprécié pour sa clarté.
Q : Arnaud Desjardins était-il hindou ?
R : Non, au sens confessionnel du terme. Il n'a jamais renoncé à ses racines culturelles occidentales ni embrassé le ritualisme hindou. Il se définissait lui-même comme un transmetteur de sagesses universelles, non comme le représentant d'une religion particulière.
Q : Le domaine de Hauteville accueille-t-il encore des visiteurs ?
R : Oui. Hauteville continue de proposer des retraites, des séminaires intensifs et des séjours libres. Les informations pratiques et le calendrier sont disponibles sur le site du domaine. Les tarifs varient selon la durée du séjour et les ressources des participants.
Q : Arnaud Desjardins a-t-il eu des élèves connus ?
R : Parmi les personnes qui ont fréquenté son enseignement et témoigné publiquement de son influence, on peut citer Éric Edelmann, auteur de plusieurs livres sur le dialogue inter-religieux, et divers enseignants dans le champ de la psychologie transpersonnelle. Desjardins lui-même insistait sur le fait qu'aucun de ses disciples ne devait se présenter comme son successeur direct.
Q : Quelle est la différence entre Arnaud Desjardins et d'autres maîtres spirituels de sa génération ?
R : La particularité de Desjardins réside dans la double formation : d'un côté, le cinéaste documentariste habitué à l'observation rigoureuse et au recul critique ; de l'autre, le disciple engagé dans une pratique réelle. Cette double posture — regarder et être transformé — lui a permis d'éviter à la fois le journalisme superficiel et le dogmatisme sectaire.
Q : Où peut-on trouver ses documentaires aujourd'hui ?
R : Une partie de ses films est conservée par l'INA (Institut National de l'Audiovisuel) et accessible via leur plateforme en ligne. Certains extraits circulent également sur des plateformes vidéo, mais la qualité et la complétude varient. Il est préférable de consulter directement le catalogue de l'INA pour les versions intégrales.
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Paul Morel — Essayiste et bénévole associatif à Nantes. Il partage sur ce site des récits de solidarité et des réflexions sur la foi vécue, convaincus que la dignité humaine se construit dans les petits gestes autant que dans les grandes décisions.