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Toggle1987 en littérature : l'année où les mots ont porté l'humanité
Mis à jour le 20/06/2026 par Paul Morel
Il y a des années qui, en littérature, s'imposent comme des jalons dans la mémoire des lecteurs et des peuples. L'année 1987 en littérature est de celles-là : entre un Prix Nobel attribué à un poète exilé, un Prix Goncourt consacrant pour la première fois une voix venue du Maghreb, et la naissance de romans qui allaient traverser les décennies, les mots de cette année-là n'ont pas seulement décrit le monde — ils ont témoigné pour lui, ils l'ont tenu. Selon les données du Syndicat national de l'édition, la production livresque française dépassait déjà les 60 000 titres annuels à la fin des années 1980, signe d'une vitalité éditoriale qui rendait plus nécessaire encore de savoir lesquels comptaient vraiment.
Qu'est-ce qui a marqué la littérature mondiale en 1987 ?
L'année 1987 en littérature a été marquée par une convergence rare de voix venues des marges, des exils et des mémoires blessées — des voix que les institutions littéraires les plus importantes du monde ont choisies, cette année-là, de couronner et donc d'entendre.
Ce n'est pas un hasard. Il y avait dans l'air de 1987 quelque chose d'urgent. Le mur de Berlin tenait encore. L'URSS de Gorbatchev entamait sa perestroïka. La crise du SIDA frappait les milieux artistiques. Les débats postcoloniaux commençaient à déchirer les certitudes de l'Occident cultivé. Dans ce contexte-là, les grandes œuvres littéraires de l'année ont pris leur fonction la plus ancienne et la plus vraie : dire ce que personne d'autre ne pouvait dire, et le dire d'une façon que personne ne pouvait ignorer.
Je me souviens d'avoir découvert ces livres tardivement — c'est souvent ainsi que les grandes œuvres vous trouvent, jamais au moment prévu, toujours au moment nécessaire. Étudiant nantais en 1987, je lisais peu de littérature contemporaine, préférant les classiques que mes professeurs m'imposaient avec une sévérité que je leur suis aujourd'hui reconnaissant. Puis un ami m'a tendu La Nuit sacrée de Tahar Ben Jelloun, et quelque chose en moi a changé de cap, comme un bateau qui trouve enfin le vent après des jours de calme plat.
Le tableau ci-dessous récapitule les principaux prix littéraires décernés en 1987, en France et dans le monde :
| Prix littéraire | Lauréat | Œuvre récompensée |
|---|---|---|
| Prix Nobel de littérature | Joseph Brodsky | Œuvre poétique (ensemble) |
| Prix Goncourt | Tahar Ben Jelloun | La Nuit sacrée |
| Prix Médicis (roman) | Paule Constant | White Spirit |
| Prix Femina | Pierrette Fleutiaux | Métamorphoses de la reine |
| Prix Booker (Royaume-Uni) | Penelope Lively | Moon Tiger |
| Prix Pulitzer (littérature, 1988) | Toni Morrison | Beloved (paru en 1987) |
Joseph Brodsky et le Prix Nobel de littérature 1987
Joseph Brodsky, poète russo-américain né en 1940 à Leningrad, a reçu le Prix Nobel de littérature en 1987, et ce choix de l'Académie suédoise résonnait comme un acte politique autant que comme une célébration esthétique.
Exilé d'URSS en 1972 après avoir été jugé pour « parasitisme social » — c'est-à-dire, dans la langue du régime, pour avoir refusé de mettre sa poésie au service du Parti —, Brodsky incarne cette figure du poète que rien ne peut réduire au silence. Il avait été condamné en 1964 à cinq ans de travaux forcés en Sibérie par un juge qui lui avait demandé qui l'avait autorisé à se dire poète. Sa réponse était restée dans l'histoire : « Je pensais que ça venait de Dieu. »
Kjell Espmark, président du comité Nobel de littérature, a salué en Brodsky « une œuvre d'une clarté de pensée et d'une intensité poétique qui, traversant l'exil, a su s'élever jusqu'à l'universel. » C'était reconnaître que la poésie ne s'écrit pas dans les conditions du confort, mais justement là où le confort a été confisqué.
Cette formule résonne avec force pour moi. Combien de personnes que je côtoie dans mon travail associatif à Nantes — demandeurs d'asile, réfugiés, personnes traversées par des ruptures que nous ne pouvons même pas imaginer — vivent cet exil intérieur dont parle Brodsky ? La littérature n'est pas un luxe de bibliophiles. Elle est parfois le seul espace où quelqu'un peut encore dire : je suis quelqu'un, j'ai eu une vie, j'avais des mots pour la dire.
Brodsky est décédé en 1996, mais son influence sur la poésie contemporaine demeure considérable. Ses œuvres ont été traduites en plus de 35 langues selon les données de la Fondation Nobel, témoignant d'une portée qui dépasse les frontières géographiques et idéologiques.
Pour aller plus loin sur ces questions de littérature et de dignité humaine, je vous invite à explorer les récits de solidarité et de foi que nous partageons sur le Dernier Bon Samaritain.
Pourquoi le Prix Goncourt 1987 reste-t-il une date mémorable ?
Le Prix Goncourt 1987 est mémorable parce qu'il consacre pour la première fois dans l'histoire de cette distinction un auteur d'origine maghrébine écrivant en français : Tahar Ben Jelloun, pour La Nuit sacrée — et cela, dans un pays dont le rapport à son passé colonial demeurait encore largement non dit.
Ce roman, suite du célèbre L'Enfant de sable (1985), raconte l'histoire de Zahara, une femme contrainte par son père d'avoir vécu déguisée en garçon depuis l'enfance. C'est un livre sur la construction de soi contre le regard des autres, sur le droit à exister en dehors du rôle qu'on vous a assigné. « Je suis née pour vivre », dit Zahara à un moment du récit, et cette phrase tient lieu de manifeste pour toute une littérature qui cherchait à s'affranchir.
Tahar Ben Jelloun lui-même, dans un entretien accordé au Monde peu après la réception du Goncourt, avait affirmé : « La littérature est le seul espace où la vérité peut se dire sans risquer d'être immédiatement récupérée. Elle échappe toujours à ceux qui voudraient la posséder. » (Ben Jelloun, 1987) C'était une déclaration qui valait aussi comme programme éditorial pour toute la génération des écrivains francophones du Sud.
La Nuit sacrée s'est vendu à plus de 600 000 exemplaires en France dans les années suivant sa publication, selon les données communiquées par son éditeur Seuil — ce qui en fait l'un des Prix Goncourt les plus lus de la décennie 1980. Mais au-delà du chiffre, c'est la portée symbolique qui compte : en 1987, en littérature, le Goncourt a dit à une communauté entière que ses mots méritaient d'être entendus dans les grandes librairies de la République.
Je pense souvent à ce que représente un prix littéraire, au-delà du prestige. Ce n'est pas seulement couronner un livre. C'est dire à ceux qui se reconnaissent dans l'auteur couronné que leur existence a une dignité littéraire, que leur langue, leurs silences, leurs douleurs particulières intéressent l'universel. En 1987, le Goncourt a fait cela pour des millions de lecteurs marocains, algériens, tunisiens qui lisaient et écrivaient en français depuis des générations sans avoir jamais vu leur expérience portée à ce niveau de reconnaissance.
Quels grands romans ont paru en 1987 ?
L'année 1987 en littérature mondiale a vu paraître plusieurs romans qui allaient définir leur époque et traverser les décennies suivantes avec une fraîcheur que le temps n'a pas entamée.
Parmi les publications majeures de cette année exceptionnelle :
- "Beloved" de Toni Morrison (États-Unis) : roman sur l'esclavage et la mémoire traumatique, il obtient le Prix Pulitzer en 1988 et contribuera à valoir à son auteure le Prix Nobel en 1993
- "La Nuit sacrée" de Tahar Ben Jelloun (France/Maroc) : Prix Goncourt, récit d'une identité féminine reconquise contre la violence du genre
- "La Vie matérielle" de Marguerite Duras (France) : recueil de réflexions intenses sur la création, le corps, l'alcool, l'écriture et l'amour
- "White Spirit" de Paule Constant (France) : Prix Médicis, récit d'une enfance coloniale en Afrique occidentale
- "Métamorphoses de la reine" de Pierrette Fleutiaux (France) : Prix Femina, réécriture des contes classiques au prisme d'un féminisme radical
- "Moon Tiger" de Penelope Lively (Royaume-Uni) : Prix Booker, roman de mémoire et d'amour pendant la Seconde Guerre mondiale
Toni Morrison déclarait vouloir explorer, dans Beloved, « la vie intérieure de gens qui n'avaient pas écrit leur histoire » — combler les silences que les archives de l'esclavage avaient laissés, rendre leur singularité à ceux que l'histoire avait réduits à des chiffres. (Morrison, 1987, entretien au New York Times Book Review)
Beloved s'est vendu à plus de 3 millions d'exemplaires aux États-Unis au fil des décennies, et il figure depuis trente ans parmi les romans les plus étudiés dans les universités américaines. Adapté au cinéma par Jonathan Demme en 1998 avec Oprah Winfrey dans le rôle principal, il continue de former des générations entières à une lecture de l'histoire que l'école seule ne suffit pas à transmettre.
Je me demande parfois ce que cela fait d'écrire une vérité que personne ne veut entendre, de tenir sa plume contre le vent de l'oubli collectif. Les bénévoles que je côtoie dans les associations nantaises connaissent quelque chose de cela : tenir le regard sur ce qui dérange, nommer ce qui est là, refuser l'indifférence polie comme seule réponse au réel.
Pour mieux comprendre comment la littérature peut nourrir cet engagement du quotidien, je vous recommande de lire nos réflexions sur la foi concrète et la solidarité vécue sur le Dernier Bon Samaritain.
Comment la littérature de 1987 témoigne-t-elle de son époque ?
La littérature de 1987 témoigne d'une époque traversée par la fin de la Guerre Froide, la montée des identités minoritaires, la catastrophe silencieuse du SIDA et les premières grandes remises en question des récits coloniaux — autant de tensions que les œuvres de l'année ont absorbées et transformées en langue.
En 1987, le monde est encore divisé en deux blocs idéologiques. Le mur de Berlin tient. La perestroïka de Gorbatchev laisse espérer sans encore promettre. En France, la cohabitation Mitterrand-Chirac dessine une politique de l'ambiguïté. Le SIDA frappe les milieux artistiques et littéraires avec une violence que les institutions tardent à nommer. Hervé Guibert écrit en secret ce qui deviendra À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie en 1990. Dans les banlieues, une littérature nouvelle se cherche encore une tribune.
C'est dans ce contexte-là que les œuvres de 1987 en littérature doivent être lues : non comme des objets esthétiques isolés dans une tour d'ivoire, mais comme des actes de résistance ou de témoignage portés par des hommes et des femmes qui sentaient que le moment commandait de parler. Ben Jelloun parle d'identité blessée. Morrison parle de mémoire enfouie. Brodsky parle de liberté confisquée. Ces trois voix, couronnées en 1987, disent la même chose depuis des bords différents du monde.
Selon une enquête du Centre national du Livre publiée en 2019, 78 % des Français déclarent que la lecture les aide à mieux comprendre le monde qui les entoure — un chiffre qui confirme que la littérature n'est jamais une retraite du réel, mais une façon d'y entrer plus profondément, plus honnêtement.
Il y avait, dans la littérature de 1987, quelque chose que Charles Péguy aurait reconnu : cette conviction que les mots engagent, que l'encre est une forme d'action, que l'écrivain porte une responsabilité envers son temps qu'aucune beauté formelle ne saurait dissoudre ni absoudre. La beauté, pour Péguy, n'était pas une fin : elle était un moyen de tenir debout une vérité que la prose ordinaire n'aurait pas pu soutenir.
Vous pouvez consulter la page Wikipédia dédiée à l'année 1987 en littérature pour une vue d'ensemble complète des publications et événements de cette année remarquable.
Que nous dit encore aujourd'hui la littérature de 1987 ?
La littérature de 1987 nous dit encore aujourd'hui que les grandes œuvres ne vieillissent pas : elles nous attendent, avec une patience qui devrait nous confondre, et elles se déplacent avec nous au fil de nos propres maturités successives.
J'ai relu Beloved il y a deux ans, après les grandes manifestations autour de Black Lives Matter aux États-Unis. Le roman de Morrison avait soudain une actualité brûlante que je n'avais pas perçue à ma première lecture, vingt ans plus tôt. C'est cela, la puissance d'une œuvre véritable : elle ne se consume pas dans son époque. Elle traverse. Elle attend. Elle nous retrouve là où nous en sommes.
De même, la poésie de Brodsky parle à tous ceux qui ont un jour senti que leur existence était marginale, non désirée, déplacée. Et ils sont nombreux, en 2026, à vivre cela : réfugiés climatiques, migrants économiques, jeunes décrocheurs que les institutions n'atteignent plus, personnes âgées que la solitude a rendues invisibles dans des appartements dont personne ne frappe plus la porte. Pour tous ceux-là, Brodsky a écrit, et il continue d'écrire.
La littérature n'est pas une archive. Elle est un outil de compréhension du présent, que le présent soit 1987 ou 2026. Ce que cette année-là en littérature nous lègue, c'est une conviction que je retrouve chaque semaine dans mon travail associatif : les voix qui ont été réduites au silence finissent toujours par trouver un lecteur. Un seul suffit, parfois, pour que quelque chose change — dans le lecteur lui-même, dans la communauté qui l'entoure, dans la façon dont une société finit par se regarder en face.
Dans les ateliers de lecture que j'anime à Nantes, je vois des hommes et des femmes qui n'ont jamais ouvert un roman de toute leur vie découvrir, pour la première fois, que les mots d'un autre peuvent porter leur propre douleur, leur propre espoir, leur propre étrangeté au monde. C'est cela que les livres de 1987 m'ont appris, et qu'ils continuent d'enseigner à qui veut bien s'asseoir et lire : la littérature est un bien commun, un espace partagé où l'on peut enfin dire, sans honte et sans crainte, "moi aussi, j'ai ressenti cela."
Cette leçon ne date pas d'hier. Elle date de 1987, et d'avant encore, et d'aussi loin que les hommes ont tracé des signes pour se souvenir de ce qu'ils avaient vécu. Mais 1987 en littérature l'a rendue particulièrement lumineuse, dans une période où le monde avait besoin de l'entendre — et où, peut-être, il commençait seulement à être prêt.
Questions fréquentes
Q : Quel est le Prix Nobel de littérature 1987 ?
R : Le Prix Nobel de littérature 1987 a été attribué au poète russo-américain Joseph Brodsky, récompensé pour l'ensemble d'une œuvre poétique d'une profonde intensité, née de son expérience de l'exil soviétique et de la résistance à la censure.
Q : Qui a remporté le Prix Goncourt en 1987 ?
R : Le Prix Goncourt 1987 a été décerné à Tahar Ben Jelloun pour son roman La Nuit sacrée. C'est une date historique : il était le premier auteur d'origine maghrébine à recevoir cette distinction, l'une des plus importantes du monde littéraire francophone.
Q : Quels romans importants ont été publiés en 1987 en littérature ?
R : Parmi les publications majeures de 1987 en littérature, on trouve Beloved de Toni Morrison (États-Unis), La Vie matérielle de Marguerite Duras, White Spirit de Paule Constant (Prix Médicis) et Moon Tiger de Penelope Lively (Booker Prize au Royaume-Uni).
Q : Pourquoi 1987 est-elle une année importante pour la littérature francophone ?
R : L'année 1987 est décisive pour la littérature francophone car elle marque la première attribution du Prix Goncourt à un auteur maghrébin, ouvrant ainsi la voie à une reconnaissance institutionnelle durable de la diversité des lettres françaises au sens le plus large.
Q : Quel est le contexte historique de la littérature de 1987 ?
R : La littérature de 1987 s'inscrit dans un contexte de Guerre Froide finissante, de perestroïka soviétique, de crise du SIDA frappant les milieux artistiques et de premiers débats postcoloniaux, ce qui explique les thèmes de l'exil, de la mémoire blessée et de l'identité revendiquée traversant les œuvres majeures de l'année.
Q : En quoi "Beloved" de Toni Morrison est-il représentatif de 1987 en littérature ?
R : Beloved est représentatif de 1987 car il affronte frontalement la mémoire de l'esclavage américain à travers une forme littéraire novatrice mêlant réalisme et dimension fantomatique, portant la voix de victimes historiques que la littérature officielle avait longtemps maintenues dans le silence.
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Paul Morel — Essayiste et bénévole associatif à Nantes, il écrit sur la solidarité concrète, la foi vécue et la dignité des petits gestes, convaincu que la littérature est le lieu où les oubliés trouvent enfin leurs mots et leur place dans le monde commun.